Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
L’obligation d’innover en période de crise économique ne peut échapper à personne.
L’obligation d’aller de l’avant, de faire œuvre de créativité quand les effets de la mondialisation globalisée sont accentués par la récession économique est partagée par tous.
L’innovation est une des clefs du progrès, une voie incontournable vers un développement et se doit, aujourd’hui, à l’orée du 21ème siècle, d’être de nature globale, et de concerner autant la technologie, que l’économique ou le social…
Le schéma régional de l’innovation s’inscrit pleinement dans cette forme de pensée. Il consiste à proposer une feuille de route de l’innovation pour la Bretagne.
Il revient à fixer un cadre et à poser des bases qui permettent la création de la nouveauté, sans que ces bases freinent la créativité.
Ce S.R.I. s’inscrit pleinement dans la ligne de la politique que nous menons depuis 2004. Le premier élément, l’élément fondateur en fut l’écriture de notre Stratégie Régionale de Développement Economique et le début de l’action en matière de coordination fut la création de l’Agence Economique de Bretagne.
Ce schéma s’inscrit dans une volonté de mise en valeur des acteurs d’une région, la nôtre, qui innovent tous les jours. Dans nos universités, nos pôles de compétitivité, nos collectivités, nos associations, et bien entendu, au sein de toutes nos entreprises, quel que soit le secteur d’activité, l’esprit d’innovation se révèle à travers mille réalisations.
Nous l’avons bien vu lors des assises des territoires de Saint-Malo le mois dernier : l’innovation concerne autant une boulangerie artisanale qui modifie son organisation et ses techniques de vente, qu’un grand groupe technologique qui développe la télévision numérique de demain.
Il n’y a pas de limites à l’innovation. Elle concerne tout et tout le monde.
Les bases que nous avons posées nous permettent dorénavant d’envisager d’aller plus loin, de nous fixer de nouveaux objectifs et d’entrevoir de nouveaux horizons.
Nous nous devons d’être ambitieux pour notre région. Le rang occupé, aujourd’hui, en Europe, par la Bretagne, ne peut pas, ne doit pas, nous satisfaire. Dans l’intérêt des bretons, nous devons nous doter des moyens de progresser.
En ce sens, le schéma détermine et fixe des priorités et je voudrais mettre l’accent sur 2 d’entre elles.
1/ En premier lieu, l’innovation au sein des PME et des TPE.
A ce jour, 90% des entreprises bretonnes comptent moins de 10 salariés.
Leur petite taille leur offre, bien souvent, le bénéfice d’une grande réactivité. Cependant, elle tend, de plus en plus, à constituer, aujourd’hui, un handicap réel.
Comment, en effet, mobiliser des moyens pour construire l’avenir de l’entreprise si les salariés sont tous occupés à assurer la survie de l’entreprise au jour le jour ?
Bien sur, les réalités d’entreprise ne sont pas toutes les mêmes. Une start-up technologique positionnée sur une micro-niche peut prospérer en restant spécialisée sur son métier. A l’inverse, une PME en bout de chaîne de sous-traitance ne possède, bien souvent, que trop peu de capacités, financière et humaine, pour pouvoir se diversifier.
Chaque affaiblissement du marché la trouvera un peu plus vulnérable.
Ce sont ces entreprises vers lesquelles nous devons nous tourner en priorité. Les réponses existent. Elles passent par un meilleur travail en réseau. Elles passent par l’évolution des relations entre PME et Grandes Entreprises.
Ces dernières ont un rôle d’importance à jouer dans la consolidation de la situation de leurs fournisseurs. Et pas seulement par pure philanthropie. Leur prospérité dépend également de la bonne santé de leurs sous-traitants, tant l’interconnexion des entreprises est forte. Les relations ne peuvent plus se limiter à de simples négociations léonines sur des prix. Elles doivent faire place à des engagements de progrès partagés, à de véritables partenariats de développement, car chacun à besoin de l’autre.
A l’international, par exemple, certaines grandes entreprises ont commencé à faire bénéficier leurs sous-traitants de leurs propres réseaux. Il faut généraliser et donner de l’ampleur à ce type d’initiatives, pour le plus grand nombre de sous-traitants et, au-delà, au maximum de PME.
Lorsque nous proposons dans ce schéma la création d’un réseau « d’innov’acteurs », nous allons dans la bonne direction. Ce réseau devra permettre de faire émerger une culture de l’innovation dans nos petites entreprises. Cette culture, l’instauration d’un état d’esprit tourné vers l’innovation, l’appui et le soutien, permettront de mener à bien des projets dans ces entreprises.
2/ La deuxième priorité que je souhaite aborder concerne notre réseau de centres techniques et d’acteurs accompagnateurs des entreprises dans leur démarche d’innovation.
Notre région peut se vanter, en la matière, de posséder un large éventail de structures. Elles sont nombreuses, présentes sur l’ensemble du territoire et couvrent une grande partie du champ de l’innovation.
Cependant, nous nous devons de faire le constat que la lisibilité de ce réseau n’est pas, aujourd’hui, satisfaisante. Il apparaît trop souvent mal coordonné et les compétences déployées ne sont pas suffisamment connues du tissu économique et industriel.
Il s’agit donc d’une priorité que de le faire évoluer. Nos entreprises ont besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’un service de la plus haute qualité.
C’est le sens de la transformation de Bretagne Innovation en Maison de l’Innovation. Celle-ci devrait, désormais, offrir une meilleure lisibilité et des réponses opérationnelles et adaptées aux besoins des entreprises.
D’une certaine façon, nous sommes, nous même, en train d’innover en dessinant les contours d’un nouveau service public, celui de l’innovation à destination des entreprises.
Nous sommes en train d’inventer un service public, capable d’intervenir aux différentes étapes clés du développement des entreprises (de l’amorce des idées à la transmission de l’entreprise) et constamment soucieux d’améliorer sa coordination avec les autres acteurs qu’ils soient publics (université, recherche…) ou privés (conseils, établissements financiers…)
En ce sens, les difficultés rencontrées par l’Adria de Quimper, dont j’ai suivi le plan de sauvetage en ma qualité de présidente du conseil de surveillance, doivent nous interpeller et nous servir d’exemple.
Le plan de sauvegarde a été approuvé en 2007 après 2 années d’un important travail de restructuration qui a nécessité l’implication conjointe des entreprises du directoire comme des collectivités locales du conseil de surveillance. Il prévoit de travailler plus fortement pour les entreprises bretonnes. Il prévoit également de développer un lien plus fort avec la recherche universitaire en l’occurrence l’UBO. L’Adria a recentré ses activités sur son cœur de mission.
La catastrophe a été évitée grâce aux engagements des collectivités (pour mémoire 600 000 € pour le Conseil Régional) mais également et surtout par une réorientation de ses interventions et la prise de conscience réelle de l’absolue obligation de raisonner et de travailler en réseau régional.
Nous devrons être vigilants pour que l’ensemble de nos centres techniques et autres structures d’accompagnement soient irréprochables dans leur fonctionnement comme dans leur gestion et trouve à s’intégrer pleinement dans cette démarche commune d’innovation .
Il est clair que le SRI proposé va plus loin que les quelques éléments que je viens d’aborder. Les questions de l’international, de l’intégration dans les réseaux et projets européens, de la stimulation de l’innovation, du financement de l’innovation et bien d’autres sont aussi traitées et des propositions sont faites.
C’est une des richesses de ce schéma que d’englober tant de domaines, tout en ne perdant pas de vue que la question sociale demeure une des composantes de base de tout progrès économique.
Nous disposons, maintenant, en effet, avec ce schéma d’un cadre pour qu’en Bretagne innovation rime avec progrès social.
Ce schéma permettra de renforcer et de consolider l’économie existante, de diversifier les champs d’activités de nos entreprises bretonnes tout en les ouvrant vers l’extérieur.
L’avenir de la Bretagne est dans l’innovation.
Saisissons notre chance, car comme le proclamait le poète André Chénier :
« L’esclave imitateur naît et s’évanouit. Ce n’est qu’aux inventeurs que la vie est promise. »
Je vous remercie de votre attention.